Actualités

Archive du blog pour 2023

Alors que plusieurs commerçants du Village lançaient un nouveau cri d’alarme face aux problématiques sociales vécues dans le quartier en décidant de fermer leurs terrasses, Valérie Plante présentait jeudi dernier le plan d’action pour y faire face de l’arrondissement de Ville-Marie, un plan élaboré à la suite d’une enquête et de consultations auprès de divers intervenants du Village. Après avoir écouté la mairesse, le conseiller municipal, le chef de police et avoir pris connaissance de la trentaine de recommandations, je dois dire en toute honnêteté que le résultat est très décevant.

Quelques mois après que l’ombudsman de la Ville de Montréal ait reproché aux élus de continuer avec la même approche qu’ils savent inefficace pour faire face à la montée de l’itinérance, je me serais attendu à ce qu’on nous propose un changement de cap et non toute une bonification de mesures de mitigation. Quelques mois après la mission de l’UMQ en Finlande dirigée par son homologue de Québec Bruno Marchand qui refuse de voir l’itinérance comme une fatalité, je me serais attendu à ce que la mairesse ait autre chose à nous dire que d’apprendre à vivre avec et de présenter l’itinérance comme normale en raison de la proximité du centre-ville.


L’hypocrisie sociale

Je dois aussi dire en toute honnêteté que le portrait de la situation témoigne à mes yeux d’une hypocrisie sociale certaine. Présenter les problématiques sociales lourdes associées à l’itinérance, à la santé mentale, à la toxicomanie qui ont été pelletées depuis des décennies dans ce quartier et qui dégradent le tissu social comme les ‘’problématiques sociales du Village’’, c’est présenter la situation comme si ces problématiques émanaient du Village, alors qu’elles affectent le Village de façon disproportionnée en raison de mesures prises depuis des décennies par les administrations municipales successives.

 
Pour avoir vu passer depuis plus d’un quart de siècle comme éditeur tous les projets de revitalisation des micro-quartiers de l’arrondissement de Ville-Marie et les diverses interventions de la Ville pour faire face aux problématiques sociales de la rue, itinérance, prostitution, vente de drogues, santé mentale, Il est très clair dans mon esprit que l’accroissement de ces problématiques dans le Village est directement lié au tassement vers l’est de toutes les marges de la rue à la faveur de la revitalisation et de l’embourgeoisement du Faubourg St-Laurent à la fin des années 1990, puis du Quartier des Spectacles dans les années 2000. Plusieurs chercheurs ont documenté ce processus. Et nous en avons nous-mêmes été témoins.

 
La revitalisation de ce secteur est passée par l’élimination du Red Light et il est clair et net que la répression policière a été utilisée consciemment par les autorités municipales de l’époque pour y parvenir. Je me souviens trop bien des interventions policières à la Place Émilie-Gamelin à la fin des années 1990 après y avoir instauré un couvre-feu pour expulser manu militari les jeunes de la rue qu’on refoulait vers le Village. Ils avaient alors élu domicile au parc du métro Beaudry et au parc Campbell. C’est ce qui avait amené les commerçants du Village à réclamer un nouvel édicule transparent à cette station de métro de façon à ce que les patrouilles policières puissent voir facilement ce qui s’y passait, un dossier dans lequel j’ai représenté les commerçants du Village.

 
Je me souviens aussi trop bien du projet dément de déjudiciarisation de la prostitution de rue limitée aux territoires des postes de quartier 21 et 22 proposé par la Ville en 1999-2000 qui visait à débarrasser les autres quartiers du phénomène en la concentrant ‘dans le Centre-Sud’. Selon une logique bureaucratique, avec l’instauration des postes de police de quartier on a décidé de les spécialiser et les postes 21 et 22 étaient désignés pour l’itinérance. Alors que la Ville avait été obligée de reculer dans ce projet devant la levée de boucliers de la population contre elle, elle est restée sourde à la préoccupation citoyenne de voir peu à peu s’installer dans le quartier une grande concentration de ressources pour les ‘’clientèles de la rue’. Ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre que si on installe au cœur ou autour du Village des ressources pour les hommes, les femmes et les jeunes de la rue, en plus de 2 des 3 sites autorisés d’injection supervisée pour toxicomanes, qu’on se prépare à une joyeuse tempête.

Camping dans les parcs

Dans combien de quartiers la Ville tolèrerait-elle de tels campements dans un parc pour les enfants?

Mais quand on a des grands projets de revitalisation à coup de centaines de millions $, on trouve tout à fait normal de tasser ces gens plus à l’est et on se dit que les gais sont des gens tolérants, des marginaux eux-mêmes et que le Village, ce n’est pas un quartier pour les familles. Alors ça pose moins de problèmes de gérer ces problématiques dans ce quartier. Ça, j’aurais aimé que l’administration municipale admette la responsabilité de la Ville dans cette dégradation du Village qui en résulte. L’administration actuelle pouvait à la rigueur reconnaître les erreurs des administrations précédentes qui nous ont mené là.

Police 1977

Un Village né du ‘’nettoyage’’ du centre-ville


Notre communauté connait trop bien le genre d’opérations de ‘’nettoyage’’ du centre-ville menée par les différentes administrations municipales au fil des décennies. C’est précisément la vague de répression qui a précédé les Jeux Olympiques de 1976 qui a amené les établissements gais à migrer vers l’Est dans ce qui est aujourd’hui le Village. Quand la mairesse parlait des luttes menées par nos communautés pour leurs droits dont le Village est la mémoire, il aurait peut-être été embarrassant de rappeler que c’est souvent contre l’administration municipale et son service de police qu’elles ont été menées. Comme la Ville reconnaît l’existence de discriminations systémiques, il serait approprié qu’elle se questionne sur sa propension à demander à nos communautés de vivre avec ce qui serait jugé intolérable dans d’autres quartiers. Ce n’est pas d’hier que les citoyens de ce quartier répondent à ceux qui leur reprochent le syndrome ‘’Pas dans ma cour’’ que c’est plutôt que ‘’la cour est pleine’’. Après avoir elle-même déplacé le problème vers l’est par ses actions, il est assez peu subtil de nous dire maintenant qu’il ne faut pas agir de façon à déplacer le problème.


Au-delà des déclarations d’amour pour ce quartier que j’ai entendues dans la bouche de nos élus ce jour-là, je ne peux faire autrement que de constater que le Village est le dernier pôle significatif de l’arrondissement de Ville-Marie à attendre un effort sérieux de revitalisation, un plan qu’on nous promet pour 2025-26… ce qui coïncidera étrangement avec la livraison des premières phases des vastes projets immobiliers qui se développent autour du Village… mais que la Ville n’inclut pas dans le périmètre du Village. Contrairement à la Place Émilie-Gamelin (sous la responsabilité du Quartier des Spectacles) qu’elle n’associe au Village que quand il s’agit de parler des problématiques sociales dans son plan d’action. Comme si y gérer la misère humaine relevait du Village.


À quand un changement de cap?


J’aurais espéré que l’administration Plante nous propose un changement de cap en matière d’itinérance. Depuis des décennies, autant les organismes communautaires que les chercheurs demandent qu’on ne se contente plus d’ouvrir des refuges de nuit ou des centres de jour, d’équipes de travailleurs de rue, mais qu’on offre du logement supervisé à ceux et celles qui souhaitent sortir de la rue. Pour pouvoir intervenir efficacement en santé mentale, en toxicomanie ou en itinérance, il faut stabiliser les personnes et créer les conditions qui rendent possible une intervention suivie. Ce qui ne peut évidemment se faire sans domicile fixe et passe inévitablement par offrir un toit. Et il n’est certainement pas souhaitable que ceci se concentre dans tel ou tel quartier pour en faire des ghettos. Dans un climat comme le nôtre, malgré que pour certains l’itinérance puisse être un mode de vie, il est clair et net que c’est ce que préféreraient la grande majorité des personnes qui se retrouvent à la rue. L’expérience de la Finlande qui a adopté cette approche et qu’est allé étudier le maire Marchand cet hiver est probant. Bien sûr ceci nécessite d’abord et avant tout un changement de cap des gouvernements québécois et fédéral dont relèvent la santé, les services sociaux et le logement. Mais quand la situation atteint progressivement un point de non-retour, faut-il attendre que le Village ou tout autre quartier se transforme en Downtown Eastside comme à Vancouver pour changer de cap?


Plus de 60 ans après la Révolution tranquille, 40 ans après la désinstitutionnalisation des personnes atteintes de maladies mentales, il serait plus que temps que les gouvernements québécois et fédéral cessent de compter sur la charité chrétienne et des organismes communautaires pour prendre en charge ces lourdes problématiques sociales. Il est pathétique qu’en la matière on compte encore sur ces ressources qui malgré toute leur bonne volonté sont insuffisantes et surtout pas équipées pour un suivi psychosocial qui peut souvent prendre des années. Plusieurs diront que ce genre de changement de cap prendra lui aussi des années avant de produire des effets et que ce qu’il faut, ce sont des actions qui produiront des effets à court terme. Cet argument, je l’entends depuis au moins 25 ans. Et d’actions à court terme en mesures de mitigation, voilà où nous sommes rendus. Peut-être en serait-il autrement si nous avions changé de cap il y a 25 ans.

André Gagnon Éditeur, Guides GQ

Il était une fois une mercerie dans Hochelaga-Maisonneuve. Mais la mercerie cessa d’exister. Puis le local demeura inoccupé un certain temps. Enfin, deux cabotins dans l’âme, Yves Robillard et Bertrand Lacour, qui vivaient alors d’autres expériences professionnelles, le découvrirent et décidèrent d’y tenir commerce. Ainsi est né le Restaurant Cabotins en 2004.
Pourquoi cabotins ? Certainement pas en prenant la définition du terme au pied de la lettre. Parce que loin d’eux la médiocrité et les attitudes prétentieuses. Par contre, ce sont de bons vivants avant tout et pas question de se prendre au sérieux. Si chacun des deux fondateurs a des racines dans le monde du théâtre (Bertrand) et de la télévision (Yves), cela n’en fait pas pour autant des pitres de la scène de la restauration. Au contraire, à dix-huit ans, le resto est devenu une véritable institution dans HoMa sans perdre un sou de son esprit cabotin.

Cabotins
Depuis son arrivée dans le quartier, l’endroit est devenu rapidement le rendez-vous des amateurs de bonne bouffe qui aiment les endroits originaux et peu banals. Parce qu’au-delà du menu qui propose des plats particulièrement attrayants et classiques de la cuisine du sud de la France modernisée, avec des appellations qui titillent les papilles gustatives, c’est un lieu de rencontre apprécié des clients qui y viennent de partout en ville et de la grande région montréalaise.
En été, la terrasse sur le trottoir de la rue perpendiculaire crée une ambiance agréable et permet des moments précieux entre amis ou en famille.

Cabotins
On y apprécie particulièrement les entrées de crabe, de boudin noir, de charcuterie et de carpaccio. En plat principal, les raviolis de riz, la tartiflette Cabotins, la dorade, le cassoulet ou le tartare de bœuf, sans oublier le risotto fruits de mer, régalent les plus fins palais. Côté sucrerie, le pouding chômeur trône au milieu de tartes et de gâteaux des plus succulents. Et faut-il le préciser, depuis la pandémie, on y apporte son vin pour accompagner ces agapes (et même sa bière est-il mentionné).

Cabotins
Le chef de Cabotins se fait un honneur de travailler avec de petits fournisseurs afin d'offrir des aliments de proximité et de qualité. Ainsi, la ferme Guy Noiseux de Marieville pour le bœuf Wagyu, Arhoma de Montréal pour la boulangère, Pré du Mouton Noir à Carignan pour l'agneau, Les lapins du Clapier à Beaurivage, la Fabrique à miel de Melbourne, et la Tisanerie Mandala de Montréal, sont parmi les lieux qui sont encouragés pour leurs produits de qualité.
On offre aussi des menus spéciaux pour groupes à certaines périodes de l’année. On prépare aussi des mets pour emporter et des plats congelés à cueillir au comptoir.


Cabotins
Désormais répertorié dans la plupart des guides gastronomiques et touristiques imprimés ou sur le web, il n’a de cesse de se créer de nouveaux adeptes. Le patron parle d’une clientèle provenant à 60 % d’ailleurs que le quartier ou la ville immédiate.
Il ne faut surtout pas oublier un des éléments majeurs qui font le charme de l’endroit : le décor. La regrettée mercerie hante toujours les lieux. Un mur tapissé de boutons, des patrons de couturiers plaqués dans des fenêtres, des mannequins de vitrine installés à l’entrée et même au plafond, de même que plusieurs autres vestiges du monde de la confection de vêtements pour hommes animent la salle à manger. On en retrouve même à la table alors que la serviette consiste en une chaussette blanche. Enfin, des dizaines de lampes de tables de diverses époques et divers styles sont accrochées au plafond, à la renverse, en guise d’éclairage.
Nous avons également été charmés par ce grand ilôt central autour duquel gravitent les cuisiniers et les serveurs et serveuses, créant une dynamique qui fait en sorte qu’on a l’impression que nos plats sont cuisinés tout à côté. Pas de cuisine en catimini chez Cabotins.
Le restaurant emploie une dizaine de personnes. On sert les clients du mercredi au samedi en soirée. Il est préférable de réserver.

Cabotins restaurantcabotins.com 

4821, rue Sainte-Catherine Est
Montréal, QC H1V 1Z7
514-251-8817


Dans une lettre ouverte ce mois-ci, constatant la dégradation depuis des années de l’environnement physique et social du quartier, la directrice de la SDC du Village Gabrielle Rondy lance un appel pressant à la formation d’un Comité intergouvernemental sur les enjeux prioritaires qui menacent la survie du Village et appelle les membres de la communauté à signer une pétition en ce sens sur le site de l’Assemblée nationale du Québec. Cette demande fait écho à la reconnaissance par l’Assemblée en mai 2019 du Village comme lieu de refuge et d’émancipation des communautés LGBTQ+. ‘’Le statu quo n’est plus une option pour le Village’’ conclut-elle.
Je suis certainement de l’avis qu’il est plus que temps que les différentes instances gouvernementales apportent un appui significatif à ce quartier au lieu de le regarder de haut, de détourner le regard ou d’y aller de bons mots creux. La dégradation de l'environnement du Village est manifeste et elle est étroitement liée à l'accroissement des lourdes problématiques sociales qui se concentrent à sa proximité. Il y a quelques semaines en prenant le métro à la station Papineau, l'expérience de me retrouver avec à mes côtés un jeune homme qui s'injectait en plein jour, alors qu'un autre jeune homme dormait sur les bancs de l'autre côté du quai, a achevé de m'en convaincre.

Jeunes de la rueJeunes de la rue

La naissance du Village dans un quartier charcuté

Quand j’ai habité le quartier pour la première fois il y a 45 ans, jeune étudiant, j’ai vu naitre le Village. C’était après les Jeux Olympiques de 1976 et la vague de répression policière pour ‘’nettoyer’’ le centre-ville d’une clientèle jugée honteuse et indésirable. Quelques établissements gais y avaient déjà pignon sur rue et dans les années qui suivirent le mouvement s’accéléra. Le quartier était depuis des années en plein déclin après avoir été charcuté pour la construction de l’autoroute Ville-Marie et avec la désindustrialisation du ‘bas de la ville’’.
La rue Ste-Catherine était dévitalisée dans l’est contrairement à sa partie ouest. Les locaux étaient beaucoup moins chers et depuis l’ouverture du métro l’ancien Faubourg Québec que ma grand-mère Gagnon, modeste couturière, regardait de haut du Plateau où elle avait vécu l'essentiel de sa vie, comme un quartier mal famé, était bien desservi par le métro avec trois stations entre le carrefour du métro à Berri et le Pont Jacques-Cartier. Le quartier n’était pas trop loin de la Main de Michel Tremblay et de bars gais qui existaient dans le Faubourg St-Laurent. Le Parc Lafontaine, lieu de drague gaie depuis des décennies, n’était pas trop loin non plus. Autant d’éléments réunis qui allaient faciliter l’émergence du Village. De plus, la nouvelle Cité des Ondes amenait une clientèle complémentaire permettant à plusieurs commerces de réussir en comptant sur les travailleurs du quartier la semaine et le jour et sur la clientèle gaie le soir et la fin de semaine.
La croissance du Village a été à son tour facilité par la présence d’élus gais rendue largement possible par la croissance de la communauté gaie du quartier, de Claude Charron à André Boulerice en passant par le conseiller municipal Raymond Blain. Leur présence è l’Assemblée nationale et à l’Hôtel de Ville a certes contribué à l’adoption de lois reconnaissant les droits LGBT et à un changement de cap dans l’attitude de la Ville à l’égard de la communauté.
En une vingtaine d’années, la croissance du Village a transformé le quartier. De quartier parmi les plus défavorisés, le déclin de la rue Ste-Catherine a été renversé et elle s’est revitalisée de Berri à Papineau. Cette revitalisation s’est faite presqu’exclusivement par les efforts et des investissements privés issus de la communauté contrairement aux autres micro-quartiers de l'arrondissement où des investissements publics importants ont été réalisés.

Revamper le centre-ville et pelleter les problèmes


Mais alors que le secteur qui est devenu le Village se revitalisait, de grands travaux largement subventionnés ont été faits au centre-ville plus à l’ouest. Alors que la désinstitutionalisation des patients des hôpitaux psychiatriques s’opérait et stimulait la résurgence de l’itinérance en l'absence de suivi psychosocial approprié, une pression s’est opéré pour tasser vers l’est les clientèles plus marginales et marginalisées que les autorités ne souhaitaient plus voir dans tous les micro-quartiers revampés du centre-ville, du Quartier du Musée au Quartier des Spectacles en passant par le Quartier international et aussi du Plateau en voie d’embourgeoisement.
Si bien qu’à la fin des années 1990, se greffant au réseau communautaire existant du Centre-Sud dont les clientèles déclinaient, les autorités ont jugé naturel de localiser ou de déplacer vers le quartier les différentes ressources pour les clientèles marginalisées, ressources en itinérance, en toxicomanie, en prostitution notamment. Leur concentration était une réponse lâche à l’insuffisance des ressources alors que l’État se désengageait. Le quartier avait toujours le stigmate de quartier pauvre et mal famé et on trouvait naturel d’y localiser de telles ressources même si les clientèles étaient pour la plupart exogènes. De plus, sa nouvelle identité gaie en faisait un quartier vu comme adulte, tolérant et marginal où la gestion de telles problématiques posaient moins problème que dans d’autres quartiers résidentiels à caractère familial.
Cette orientation était manifeste quand, à la fin des années 1990, la Ville avait proposé de faire du quartier une zone de déjudiciarisation de la prostitution de rue qui se déplaçait de plus en plus vers l’est depuis que le Red Light avait été ‘nettoyé’. Sachant très bien que la prostitution de rue était intimement liée à la toxicomanie à l’aube du 3e millénaire, l’ancêtre de la SDC, l’Association des commerçants et professionnels du Village s’était opposé à ce projet dément qui allait transformer le quartier en bordel et en piquerie à ciel ouvert. Et avec les autres associations de commerçants et l’appui massif de la population du quartier, ce projet fut défait et la Ville forcée de reculer. Ceci n’a toutefois pas mis fin au déplacement et à la concentration des problématiques sociales lourdes autour du Village.

Agir sérieusement en matière d'itinérance

Dès lors, il aurait fallu agir pour s’attaquer au problème le plus lourd, celui de l’itinérance qui recoupe très souvent celui de la toxicomanie et de la prostitution de rue. Mais au nom de l’’’action immédiate et urgente’’, on s’est limité à des expédients et à des demi-mesures réduisant le problème à un problème de ''cohabitation'' et d'offrir divers services de dernier recours et de refuges temporaires. Ce n’est que ces dernières années que, timidement, on s’est mis à comprendre que si on voulait agir en matière d’itinérance il fallait offrir un toit ET un suivi psycho-social et que de telles ressources ne devaient pas être concentrées dans un même quartier, mais près de tous les milieux de vie. Et on tarde toujours de comprendre que cette responsabilité revient d’abord et avant tout à l’État à travers les services de santé et de services sociaux, mais aussi de logement ce qui relève en partie du fédéral. Et non uniquement en comptant sur la police, la charité chrétienne ou sur les faibles ressources d’organismes communautaires… comme avant la Révolution tranquille.
Avec la pandémie et la crise du logement qui ont jeté des milliers d’autres personnes à la rue, action doit être prise maintenant de façon urgente et la SDC a raison de dire que le statu quo n’est plus acceptable. Sinon on risque fort de voir le quartier se transformer pour de bon en un Downtown East Side.

Des ressources pour faire face aux défis du Village

D’autant plus que le Village avait déjà d’autres défis qui lui sont posés par l’évolution sociale. Au fur et à mesure de l’acceptation, avec les rencontres en ligne qui remplacent les rencontres en personne, le Village perd de l’importance qu’il avait pour la communauté LGBT. Depuis plus de deux décennies, l’existence de la SDC a permis de freiner le déclin, déclin qui a été plus marqué pour les établissements LGBT dans les autres villes du Québec et jusqu’à Ottawa. Mais après des siècles de répression, au-delà des plates excuses pour celle-ci,  des reconnaissances symboliques, il serait plus que temps que nos gouvernements mettent la main dans leur poche pour faire réparation et permettre à notre communauté dans le Village, mais aussi partout au Québec, de se doter d’équipements collectifs, de centres communautaires, de centres culturels comme il en existe pour toutes les autres communautés, mais dont la discrimination systémique persistante nous prive.
Alors, pour toutes ces raisons, je crois qu’il est tout à fait pertinent de signer la pétition qui a été lancée en espérant qu’on s’attaque au fond du problème et qu’on ne se contente pas de demi-mesures cette fois-ci pour balayer la poussière sous le tapis. Et surtout de rassembler nos voix pour qu’elles soient entendues. Si nous voulons donner de la substance à la reconnaissance du Village comme lieu d'affirmation de nos communautés au Québec, comme symbole de l'accueil de Montréal pour les touristes LGBT du monde entier que la ville et le Québec revendiquent et non un ghetto déprimant qu'on préfère éviter. Surtout au moment où la pandémie a fragilisé tout ce que nous avons bâti depuis un demi-siècle pour sortir de l’ombre et marcher tels que nous sommes au grand jour.

André Gagnon, éditeur

Pétition
Pour signer la pétition:

https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-9993/index.html

Né Michel Seunes en 1932, Michel Conte aura été un artiste aux multiples talents tour à tour chorégraphe pour la télévision et la scène, auteur-compositeur-interprète et metteur en scène d'opéras, d'opérettes et de comédies musicales. Mais c'est comme auteur de la chanson Évangéline qu'il est passé à l'histoire au Québec et en Acadie.

Michel Conte

Issu d'une famille paysanne. son talent est vite remarqué et il quitte sa Gascogne natale à treize ans pour étudier le piano et la composition au Conservatoire de Paris, puis la danse à Biarritz et il évolue ensuite en France dans le milieu du ballet classique. Au début de la vingtaine, il fréquente les salons parisiens où il côtoie Jean Cocteau et Charles Trenet qui lui prodigue ses encouragements. En 1955, il quitte la France après son service militaire et s'installe au Québec après avoir rencontré Raoul Jobin de la Maison du Québec à Paris.

Il débarque au Québec en octobre 1955 au moment où naissait la télévision à laquelle il imprimera sa marque en signant des chorégraphies innovantes, des ballets classiques présentés par Henri Bergeron à L’Heure du Concert aux fonds scéniques de l’émission de music-hall du dimanche. Il chorégraphie plusieurs ballets présentés à la télévision ou écrit de la musique qui sera utilisée par les grandes troupes de ballet canadiennes. Il mettra en scène plusieurs opéras, opérettes et comédies musicales, tant à la télévision que sur les planches. Le chorégraphe et danseur devient ainsi en quelques années une référence incontournable de la télévision canadienne en matière de danse et il influence directement le milieu en dehors de la télévision.

Mais c'est au cours des années 1960 qu'il entreprendra une carrière d’auteur-compositeur en composant des chansons pour Lucille Dumont, Monique Leyrac, Julie Harel, et Renée Claude pour qui il compose Shippagan qui met en scène l'exil acadien et qui deviendra un de ses grands succès. Et finalement, en 1971 il s'inspire du poème Evangeline, A Tale of Acadie de l’auteur américain Henry Wadsworth Longfellow (1847), pour écrire Évangéline, cette chanson sur l’héroïne fictive des Acadiens, Évangéline et son bel amant Gabriel, lors du Grand dérangement qui sera interprété par Isabelle Pierre et qui deviendra pour elle aussi son plus grand succès.

C'est en 1980 que Michel Conte bien avant que ce soit à la mode. fait sa sortie et parle de sa bisexualité dans Nu... comme dans nuages, un récit autobiographique.

En 2001, la partition de Évangéline, écrite trente ans plus tôt reparait et est interprétée successivement par Marie-Jo Thério, Lyne Lapierre et, plus récemment, Marie Williams et Annie Blanchard ce qui lui donne une deuxième vie à la radio et à la télévision.

Marie-Jo Thério

En octobre 2006, à l’âge vénérable de soixante-quatorze ans, il reçoit de la SOCAN une plaque rappelant la première position de cette chansons à divers palmarès au cours de l’année écoulée. Le 28 octobre, lors du Gala de l’ADISQ, sa chanson Évangéline gagne le prix de la chanson de l’année. À cette occasion, le vétéran Michel Conte s’est déclaré « ému de recevoir » un prix pour cette chanson écrite il y a quarante ans. », en poursuivant que c’était « un miracle et un cadeau. » En entrevue à la télévision à cette époque, il rappelle que lorsqu’il avait écrit la chanson Évangéline « les Québécois ignoraient l’existence de l’Acadie. « Je fus le premier à parler de l’Acadie, et ça on ne pourra me l’enlever. »

Évangéline, interprétée par Isabelle Pierre en 1971

https://youtu.be/r4QtCJ0g0cI

Shippagan, interprétée par Renée Claude

Renée Claude

https://youtu.be/_CU-7zoOWbw

Flux RSS

Souscrire

Catégories

Mots clés

Autres articles

Archives