Actualités

Archive du blog pour 2025


Par Gaëtan Vaudry
Photo : Éditions Héliotrope

Il est à peine âgé de 32 ans et son nom est déjà sur toutes les lèvres. Natif de Chicoutimi, mais vivant à Montréal depuis quelques années, Kev Lambert s’avère un prolifique auteur qui collectionne les prix les plus prestigieux.

Son manteau de cheminée regorge déjà de plusieurs prix, dont le celui de la meilleure thèse en arts et sciences humaines de l'Université de Montréal, le prix Pierre L'Hérault de la critique émergente, le prix découverte du Salon du livre du Saguenay−Lac-Saint-Jean, le prix Sade, le prix du CALQ (Conseil des arts et lettres du Québec), le prix Ringuet, le prix Décembre, ainsi que le prix Médicis 2023… rien de moins!

Diplômé de l'Université de Montréal avec une maîtrise et un doctorat, l’écrivain publie son premier roman Tu aimeras ce que tu as tué en 2017. Dans ce récit qui se déroule dans un Chicoutimi malsain et morbide, Kev Lambert utilise la haine comme ton littéraire et critique avec virulence la xénophobie et l’homophobie qui sévit encore au Québec. Déjà, le jeune homme parvient à faire tourner bien des têtes, principalement celles de la scène littéraire québécoise. Il n’en fallait pas plus pour mettre la table pour son second roman, Querelle de Roberval, paru un an plus tard. Cet opus - renommé Querelle par son éditeur français - qui nous relate la lutte des ouvriers et ouvrières de la scierie de Roberval envers leur patron, recevra une multitude de prix et de mentions qui feront rayonner le nom de Kev Lambert au-delà de nos frontières.

KLAMBERT2

Plusieurs se souviendront qu’en juillet 2023, Kev Lambert n’a pas apprécié que le premier ministre du Québec, François Legault, souligne sa dernière œuvre Que notre joie demeure sur Twitter. L’écrivain a farouchement répliqué à la critique littéraire du chef de la CAQ sur les réseaux sociaux : « M. Legault, en pleine crise du logement, alors que votre gouvernement travaille à saper les derniers remparts qui nous protègent d’une gentrification extrême à Montréal, mettre mon livre de l’avant est minable (…) Ce qui m'a dérangé, ce n'est pas tant le fait qu'il lise des livres qui s'éloignent de ses idées politiques ou de sa chambre d'écho, mais c'est la lecture qu'il a faite de mon livre dans le contexte de la crise du logement. » Les deux hommes allaient par la suite se répondre, au moyen de quelques messages.

Ouvertement gai, Kev Lambert, en entrevue dans La Presse avec le metteur en scène René-Richard Cyr en 2021, affirme vouloir participer au mouvement d’affirmation homosexuelle dans ses œuvres : « J’aime ça faire partie de la catégorie LGBTQ », souligne-t-il. Selon lui, l’industrie culturelle s’impose des changements, des ajustements : « Les catégories ne me dérangent pas du tout. C’est une grosse machine, l’industrie culturelle, ça prend du temps à faire bouger, mais ça bouge. »

Le 9 novembre 2023, Kev Lambert recevait le prix Médicis pour Que notre joie demeure, un prix littéraire français fondé en 1958, afin de couronner un roman, un récit, un recueil de nouvelles, dont l'auteur débute ou n'a pas encore une notoriété correspondant à son talent. Le Médicis, est doté d'une bourse de 1000 euros, soit un peu moins de 1500 $.

En 2003, Manon Briand, la cinéaste originaire de Baie-Comeau, obtenait quatre nominations au Gala Québec Cinéma, dont celui du meilleur scénario, pour le chef d’œuvre « La Turbulences des fluides », tourné dans sa ville natale. Une décennie plus tard, elle remportait le Women in Film and Television Artistic Merit Award au festival de Vancouver, pour son long-métrage « Liverpool ».
Après son diplôme en Arts Plastiques, option cinéma à l'Université Concordia, Manon Briand complète sa formation par un stage d'écriture de scénario à Villeneuve-Lès-Avignon. En 1988 elle crée avec l'aide d'autres réalisateurs, " Les films de l'Autre " un collectif de cinéastes indépendants.
Manon Briand
En 1990, elle produit et met en scène Les Sauf Conduits qui remporte le Prix Claude-Jutra du Meilleur Espoir aux 10e Rendez-vous du cinéma québécois et le Prix du jury " Graine de Cinéphage "au Festival Films de Femmes de Créteil en 1992. Manon Briand y prend le pouls de sa génération de gais, lesbiennes, bisexuels urbains branchés – et mêmes des hétérosexuels – pour qui l’identité sexuelle est une affaire de cœur.

Elle écrit et réalise deux courts-métrages, Crois de Bois en 1992 et Picoti Picota en 1995 qui remportent, entre autres, le Prix de la Fondation Alexander S. Scotty pour le meilleur film traitant de la vieillesse et de la mort au festival international du court-métrage d'Oberhausen en 1996. En 1997, elle écrit et réalise un des segments du film collectif Cosmos, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 1997 et Lauréat du Prix International d'Art et Essai.
Manon Briand

Avec son premier long-métrage « 2 Secondes », la cinéaste propose un mélodrame habilement forgé, traitant d’une lesbienne, coureuse cycliste finie, qui s’épanouit comme courrier à vélo dans les rues usées de Montréal. Au début des années 2000, « Heart—The Marilyn Bell Story », une biographie télévisée en anglais au sujet de la nageuse marathonienne de Toronto, lui a permis de parfaire ses compétences comme réalisatrice, tout comme de pousser plus loin son intérêt pour les corps féminins, les défis athlétiques et l'ambiguïté sexuelle.

Wikipédia classe la Baie-Comoise dans la catégorie « Réalisatrices canadiennes dont l’œuvre est marquée par les thèmes LGBTQ ». Son nom est désormais accolé à une certaine nouvelle vague du cinéma québécois.

Manon Briand

La seule évocation de son nom inspire le respect et la noblesse de sa profession. L’architecture, Phyllis Lambert, née Phyllis Barbara Bronfman en janvier 1927 à Westmount, en a fait une mission de vie. Son nom de Lambert lui vient d’une brève union en France avec l’écrivain Jean Lambert en 1952, dont elle a préféré conserver le nom.
D’abord engagée dans les arts et pratiquant la sculpture, c’est en 1954, installée à New York, qu’elle commence à s'intéresser à l'architecture, pour enfin obtenir, en 1963, un diplôme à l'Illinois Institute of Technology, à Chicago.
Héritière de la riche famille Bronfman, elle est vite devenue une philanthrope remarquée et appréciée en s’engageant à la défense des intérêts de divers groupes citoyens ou de secteurs de la ville menacés par le développement.
Dans les années 1960, Phyllis Lambert fut l'initiatrice et la conceptrice du Centre des arts Saidye-Bronfman à Montréal, nommé en l'honneur de sa mère. Elle consacre une bonne partie de sa vie et de sa fortune à la promotion de l'architecture et du patrimoine en fondant en 1979, le Centre canadien d'architecture (CCA), un centre de recherche et d'exposition sur l'architecture de classe mondiale dans un bâtiment historique au cœur du Village Shaughnessy.
Elle contribue aussi à la fondation de l'organisme voué à la protection du patrimoine Héritage Montréal en 1975 et participe à de nombreux projets, dont la protection et la valorisation du Golden Square Mile, au cœur de la ville.
Son regard est à la fois celui de l’architecte et de l’amoureuse des vieilles pierres, mais aussi de celle qui s’intéresse à la vie urbaine et aux êtres humains qui en font partie. « L’architecture, c’est d’abord l’environnement », dit-elle. Celle qu’on a surnommée Jeanne d’Architecture, mais aussi Citizen Lambert, ne démord toujours pas de ce credo : la ville doit être à l’image de ceux qui l’habitent.
Même après plus de 80 ans de travail et de militantisme dans une ville qu’elle chérit plus que tout et dont elle a contribué à façonner le visage, Phyllis Lambert poursuit sa mission : placer l’environnement architectural montréalais sous la loupe.

Quelle place occupe l'identité de genre chez les nouvelles générations ? Pour répondre à cette question (et bien d'autres), le professeur émérite en travail social à l’Université Laval, Michel Dorais, a publié récemment « La révolution des identités de genre enfin expliquée ». Pour Michel Dorais, le mot « révolution » est loin d'être exagéré.

En tant que co-président d’honneur de la 3e édition du Salon du livre queer de l’organisme Fierté Littéraire, les 7 et 8 décembre 2024, il a participé à une conférence portant sur le contenu de son dernier ouvrage, animée par l’ex-journaliste, auteur et animateur radiophonique, Denis-Martin Chabot, un des fondateurs de l’événement.

Michel Dorais

« On en parle beaucoup, notamment parce que de plus en plus de jeunes se désignent comme non-binaires, trans, fluides, bi-genres, agenres, etc. Toutefois, il existe encore énormément de confusion sur les identités liées au genre, mais aussi au sexe et à la sexualité. Expliquer clairement et simplement ce qui se passe chez les jeunes générations dans la façon de se définir est le but de mon ouvrage. Il est destiné aux parents, aux grands-parents et aux intervenants de nombreux milieux (école, travail, sports et loisirs) qui cherchent à s’y retrouver, Sans oublier les jeunes sont témoins de cette révolution ou la vivent, bien sûr ! »

Fatigué d’entendre et de lire tellement d’inexactitudes et de contre-vérités sur les questions d’identité de genre, il dit avoir voulu partager ce que quarante-cinq années de recherche, d’enseignement et d’intervention en ce domaine lui ont appris. Et donner l’heure juste. « À la suite des débats et des controverses qui se produisent, il y a nécessité de mieux informer, vulgariser, sensibiliser, bref éduquer jeunes et moins jeunes. C’est mon projet. Comme je prône l’écoute bienveillante, j’entends prêcher par l’exemple, et au besoin donner quelques conseils que je voudrais empreints de sagesse (pour autant que mon âge et mon expérience de vie m’en apportent un peu). »

À quoi reconnaît-on cette révolution des identités ? Elle a quatre caractéristiques selon lui. « D’abord, l’éclatement du modèle binaire homme/femme, masculin/féminin, cisgenre/transgenre, hétéro/homo, surtout chez les jeunes. Ensuite, la multiplication des identités possibles, qui amène une floraison de nouveaux mots et concepts, que j’explique. En troisième lieu, la fluidité identitaire : que les identités revendiquées soient permanentes ou transitoires, ce n’est pas une préoccupation pour les jeunes générations. Pour elles, l’important c’est d’être soi ici et maintenant. Enfin, l’affirmation identitaire de qui ont est fait en sorte que l’identité est plus que jamais revendiquée de façon proactive, que ce soit à l’école ou ailleurs. »

Les points forts de cet ouvrage sont la variété des exemples mentionnés, tous réels, qui ouvrent les chapitres, et la solidité des références scientifiques, enfin la volonté d’aborder de front les questions de valeurs. Les chapitres sur les drag-queens et sur la langue épicène semblent particulièrement réjouissants car ils démolissent en douceur bien des préjugés. « En somme, j’ai voulu écrire un ouvrage clair et nuancé, basé sur des faits, qui donnera à réfléchir les gens de tous horizons. Parce que la diversité sexuelle et de genre, elle est là pour rester », assure-t-il.

Un expert passionné et engagé
Comme sociologue spécialiste du genre et des sexualités, Michel Dorais a enseigné pendant 24 ans à l'École de travail social de l'Université Laval, où il fut nommé en mai 2022 professeur associé. Maintenant retraité de l’enseignement, il a été nommé professeur émérite de la Faculté des sciences sociales, en novembre dernier.

Cette haute distinction, décernée par l’Université Laval, vient souligner sa contribution exceptionnelle tant sur le plan académique que scientifique. Pionnier dans l'intervention sociale auprès des personnes LGBT+ et des jeunes victimes d'exploitation et de violences sexuelles, il a fait preuve d'un engagement exceptionnel en intervention, en enseignement et en recherche afin de faire avancer les mentalités et les pratiques sociales.

Il a publié plusieurs ouvrages sur la sexualité et l'intimité, notamment sur la prostitution, la diversité sexuelle, l'homophobie et le suicide chez les jeunes hommes. Le travail comme intervenant social et chercheur de M. Dorais pour les droits LGBT+ et pour les victimes d'exploitation et de violences sexuelles a été souligné de divers prix et nominations à des comités experts. Son avant-gardisme a marqué la Faculté des sciences sociales et l’Université Laval.

Il a écrit et publié de très nombreux articles et ouvrages, certains étant adaptés ou traduits en d’autres langues. Cette notoriété lui a valu plusieurs invitations à des colloques et à des conférences à travers le monde.

Michel Dorais

La révolution des identités de genre enfin expliquée
Michel Dorais
Éditions Trécarré
2024

(*) L’homme qui plantait des genres : un clin d’œil au titre du film d’animation oscarisé (Meilleur court métrage d’animation, 1988) du cinéaste québécois Frédéric Back, de l’Office national du film du Canada (ONF), L’homme qui plantait des arbres. Très beau film d'animation d'après le récit de Jean Giono dans lequel un berger donne une nouvelle vie à un paysage presque désert. L'histoire offre un message d'espoir sur le pouvoir des efforts patients et dévoués pour créer un monde meilleur.

Depuis le 7 juin 2025 et jusqu’au 3 mai 2026, La Pulperie de Chicoutimi / Musée régional propose au public d’ici et d’ailleurs un voyage fascinant dans l’univers coloré de l’artiste visuel Jean-Jules Soucy, concepteur de La Pyramide des Ha! HA! Cette installation haute de 21 mètres, érigée par un groupe de citoyens en souvenir des inondations de 1996 dans le parc des Ha ! HA! à la Baie est recouverte de 3 000 panneaux de signalisation « Cédez le passage » fixés sur une structure d’aluminium.

JJ Soucy
L’exposition « Bonjour Jean-Jules ! » propose des créations plus anciennes, rarement revues, des travaux plus récents, mais toujours inédits, des esquisses de projets, des documents d’archives, des citations savoureuses… Les co-commissaires Hélène Soucy, sœur de l’artiste, et Daniel Jean, font briller de tous ses feux une œuvre déjà lumineuse de celui qui est décédé en juillet 2022 à 71 ans.

Découvrant des fleurs faites de pelures d’oignon, des petites chaises découpées dans des boîtes de conserve, une grande table remplie de faux gâteaux et de sucreries, le public, y compris les enfants, pourra découvrir l’ampleur du travail de Jean-Jules Soucy, son attachement à sa ville natale, La Baie, son processus de création, son ingéniosité, son sens du détail et de la démesure, sa capacité de mobiliser la population pour la réalisation de ses projets les plus fous, son « humour vert », sa réflexion sur l’art et sur la vie, son humanisme et surtout, son talent pour transformer le quotidien en poésie. Un voyage inédit dans l’univers de l’esprit et de la beauté.

JJ Soucy

Sa production couvre une période de 43 ans à partir de 1979. « Approche critique certes mais empreinte de dérision, de détournements et d’ouvertures. Souvent associé à la collectivité par sa mise en forme ou sa forme même, ce travail s’est résolument employé à questionner les fonctions de l’Art », écrivait-il lui-même dans une biographie où il parlait d’un artiste provocant (comme lui) mondialement connu, le français Marcel Duchamp, qui a révolutionné le monde de l'art au XXe siècle et agi comme un influenceur important de sa carrière. Jean-Jules Soucy est inspiré par une vision poétique de l'art qui n'exclut pas l'engagement et la critique (en termes soucyens, « le bricolage engagé, le charriage allégorique et le prismacolor politique »...).

D’abord diplômé de l’UQAC en enseignement des arts plastiques en 1976, il a ensuite exercé son métier pendant quelques années à cette même institution, avant de s’engager en permanence dans la pratique de ses talents artistiques en peinture, en sculpture et autres disciplines connexes. Durant sa carrière, il a exposé et participé à des dizaines d’expositions et d’événements artistiques au Saguenay, au Québec et ailleurs au Canada et dans le monde. En 2008, il recevait le Prix à la création artistique du Conseil des arts et des lettres du Québec.

------------------------------------------------
« Bonjour Jean-Jules ! »
Du 7 juin 2025 au 3 mai 2026
 

JJ Soucy

La Pulperie de Chicoutimi / Musée régional pulperie.com
300, Rue Dubuc
Chicoutimi, QC G7J 3J1
(418) 698-3100

Longtemps reconnu comme une étoile montante dans le monde de la direction d’orchestre, Yannick Nézet- Séguin dirige l’Orchestre Métropolitain de Montréal depuis 2000 et l’Orchestre philharmonique de Rotterdam en 2008 et devient la même année chef d'orchestre invité principal de l’Orchestre philharmonique de Londres. Le 18 octobre 2012, à 37 ans, il devient chef principal du prestigieux Orchestre de Philadelphie. Il a aussi dirigé quelques opéras au Metropolitan Opera de New York avant de succéder au directeur musical du Met, James Levine, en septembre 2018. On peut donc affirmer que l’étoile a réellement atteint des sommets depuis 20 ans.

Alors qu’il grandit dans Ahuntsic, Yannick Nézet-Séguin étudie le piano dès l'âge de cinq ans et s'intéresse au métier de chef d'orchestre dès l'âge de dix ans. Alors qu’il poursuit ses études au Collège Mont-Saint-Louis, puis au Collège Bois-de-Boulogne, il est admis au Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec à Montréal, puis étudie la direction chorale au Westminster Choir College à Princeton au New Jersey, auprès de Joseph Flummerfelt.

Yannick Nazet-Séguin

Nommé directeur musical du Chœur polyphonique de Montréal en 1994, il obtient le même poste au Choeur de Laval en septembre 1995. En 1995, il fonde son ensemble vocal et instrumental, La Chapelle de Montréal. À l'Opéra de Montréal, de 1998 à 2002, il occupe les fonctions de chef de choeur, d'assistant chef d'orchestre et de conseiller musical et dirige plusieurs productions et galas. En mars 2000, il prend la direction de l'Orchestre Métropolitain à Montréal, avec lequel il réalise de nombreux enregistrements, sous étiquette Atma classique.

Yannick Nazet-Séguin

Durant les années 2010, il est invité à diriger de nombreux orchestres lors de productions d’opéra autant à Milan, à Londres qu’ailleurs dans le monde. Il prolonge également son contrat de directeur musical du MET jusqu’en 2030. Il reçoit régulièrement de nombreuses distinctions et décorations prestigieuses, ici et ailleurs dans le monde.

En septembre 2024, Yannick reçoit le Prix Laurent-McCutcheon pour son engagement en faveur de l’ouverture et de l’inclusion. En avril de la même année, il fut nommé 35e dans la liste des 100 personnes les plus influentes au Québec, et seul représentant de la musique classique dans cette liste.

Yannick Nazet-Séguin
Maestro star et gai assumé, comme titrait Libération en 2019, le célèbre chef d'orchestre s’est marié en août 2021 avec Pierre Tourville (photo ci-haut), avec qui il partageait déjà sa vie depuis plus de 20 ans.

Poète de la jeunesse et de l’urbanité selon plusieurs, le 30 mai 2005, l’artiste Gérald Leblanc succombait à une longue lutte contre le cancer. Il avait 59 ans. Originaire de Bouctouche, il aura influencé la vie culturelle acadienne de multiples façons.


L’Acadie a perdu alors l’un de ses plus illustres poètes, pour qui la recherche de ses racines personnelles servait de tremplin à une voix foncièrement acadienne. Son langage poétique est celui du « chiac », ce parler du sud-est du Nouveau-Brunswick dont Leblanc est le champion incontesté. Sa voix poétique, riche et abondante, s’affirme fièrement sans aucune recherche de validation extérieure.

 
Éloge du chiac Gérald Leblanc
Auteur d’une anthologie de poésie acadienne, il stimule d’autres voix. Sa poésie pose la question suivante : « Qu’est-ce que l’identité acadienne ? » Son œuvre littéraire est immense. Les thèmes y sont multiples. En 1986, l'auteur célèbre l'absolu de l'amour dans Lieux transitoires et il en profite pour affirmer son homosexualité.

Lieux Transitoires Gérald Leblanc

Il dirige les Éditions Perce-Neige à Moncton, une maison d'édition qui se consacre à la nouvelle littérature acadienne de 1991 à sa mort. Au cours de cette période, il organise de nombreuses soirées et rencontres littéraires. Il a également été l’un des principaux paroliers du groupe 1755, qui a fait fureur dans les années 70. On lui doit quelques classiques de la chanson acadienne, dont certains seront  repris par Marie-Jo Thériault.

Cet homme de lettres prolifique et engagé s’est aussi livré à quelques reprises sur ce qui l’a inspiré et aussi choqué. Dans une longue correspondance (Lettres à mon ami américain 1967-2003) entretenue avec son cousin Joseph Olivier Roy, un enseignant américain originaire de l’Acadie, 161 lettres écrites pendant 36 ans, il partage son intérêt pour la littérature et son évolution personnelle en parallèle à celle de l'Acadie au fil des ans.


Il y aborde d’ailleurs des éléments qui en disent long sur sa personnalité : « Des alcooliques, des putains, des fanatiques religieux, des homosexuels, etc. J’ai du sang très, très vicieux qui me coule dans les veines, j’ai une hérédité chargée de passion, de haine, de débauche et de péché (remarque que je ne dis pas AMOUR, enfin drôle de race). »


Leblanc affirme qu’il a « toujours aimé écrire des lettres » et que Roy n’est qu’un parmi ses nombreux correspondants d’alors : « […] une quinzaine de personnes, une dizaine de ‘Gay boys’, une lesbienne, quelques autres de ces êtres ‘normaux’ depuis les dix dernières années, si on collectionnait [sic] toute ma correspondance, il y aurait de quoi remplir 2 000 tomes au moins ».


L’extrême frontière, long métrage documentaire de Rodrigue Jean (2006) à l’ONF célèbre le poète Gérald Leblanc. Faisant rimer errance et appartenance, cet enfant de la Beat Generation a vécu loin de tous les tabous et propulsé l'Acadie dans la modernité. Le film est sorti un  an après le décès du poète.

En 2020, à l'initiative de deux professeurs de l'université, la Ville de Moncton inaugurait un parc qui porte désormais son nom juste devant l'hôtel de ville.

Parc Gérald-Leblanc Moncton

Tôt un matin du début de mai, autour d’un café au Adorable Chocolat de Shediac, en Acadie, sa ville de résidence, Julien Cadieux accepte de livrer un pan de sa déjà vaste expérience de cinéaste, scénariste, réalisateur et monteur.

Cadieux
Rapidement, la question de l’inclusion surgit et devient presque le point central de cet entretien. Parce que pour lui, c’est ça qui le motive dans son œuvre de cinéaste : donner la parole et exposer le vécu de gens qui vivent des enjeux reliés à leur identité, à leurs origines, à leur sexualité, à leurs démêlés avec les institutions et organisations, à la justice sociale, entre autres.

 
Depuis 2008, après des études en cinéma à l’Université Concordia à Montréal, il a enfilé les projets et les réalisations, dont certaines ont été primées et ont connu un vif succès auprès d’une diversité de communautés. « Le cinéma en Acadie a un réel impact dans la communauté. Il faut que les gens se voient dans le cinéma. C’est ce qui m’anime d’abord dans mes productions », assure-t-il.

Cadieux
Il a personnellement scénarisé, fait le montage et réalisé une douzaine de productions, la plupart reliées à des sujets acadiens, dont les plus connus sont Y’a une étoile (2023), Daniel Le Tisserand (2023), Farlaques (2021), Métisser une rivière (2020). Au Québec, son documentaire Guilda : elle est bien dans ma peau (2014) sur ce célèbre artiste transformiste montréalais, d’origine française, véritable précurseur de la diversité sexuelle pendant une soixante d’années.

 
Plusieurs de ces films ont été primés lors de festivals de cinéma ici ou ailleurs, au Québec, au Canada et même en France et aux États-Unis. C’est particulièrement ses films à thématique queer qui connaissent une plus importante visibilité et reconnaissance. Justement parce qu’ils donnent la parole ou mettent en lumière des situations particulières reliées à des membres des diverses communautés LGBT.
Julien Cadieux a aussi contribué au montage et à la scénarisation d’une vingtaine d’autres productions en cinéma ou vidéo depuis 2006.

Cadieux Avec Dan Robichaud,, du film Daniel Le Tisserand


Y a-t-il une vie queer en dehors des grandes villes ? À cette question, Julien Cadieux répond que c’est possible, mais que diverses contraintes peuvent décourager ceux et celles qui souhaiteraient poursuivre leur vie en milieu rural, par exemple en Acadie, où les services de santé adaptés aux clientèles LGBT sont presque inexistants. Plusieurs choisissent donc de quitter les régions pour aller vivre en milieu urbain, comme à Moncton, même si tout n’y est pas facile d’accès. C’est ce genre de problématique qu’il aborde et traite dans plusieurs de ses documentaires.


La question de l’inclusion l’intéresse particulièrement. C’est dans ce contexte qu’il entreprend sous peu un film portant sur un projet d’immigration dans la région de Cap-Pelé où de nombreux travailleurs étrangers temporaires provenant du Mexique, de la Jamaïque et des Philippines, entre autres, sont confrontés à des situations difficiles d’inclusion. Le cas de personnes LGBT parmi elles est aussi préoccupante, selon Julien Cadieux.

Cadieux 
Dans son film « Y’a une étoile », on rencontre Samuel Leblanc, jeune musicien transgenre, qui entreprend un voyage avec ses amis du groupe Écarlate à travers l’œuvre de l’artiste acadienne Angèle Arseneault. Originaire d’un petit village, Samuel s’est longtemps questionné sur son identité queer et son identité culturelle. On y découvre par sa double minorité et le parcours de jeunes comme lui, le constat que malgré les embuches, « il y a une étoile pour chacun de nous ».


Ce film constitue une évocation très franche de ce que Julien Cadieux souhaite démontrer et présenter dans son cinéma documentaire, en lien avec l’Acadie, l’identité queer, la réalité des arts qui le passionnent et des rencontres humaines qu’il fait tout au long de son parcours.

Soulignons que Julien Cadieux a été nommé « artiste de l'année en arts médiatiques », justement pour le film Y'a une étoile lors de la soirée Les Éloizes 2024, le gala annuel de l'Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick, à Shediac le dimanche 12 mai dernier.

Cadieux Cadieux

Julien Cadieux, cinéaste
Shediac, NB
facebook.com/julien.cadieux

Le Québec était sous le choc au lendemain de Noël 2021 en apprenant le décès subit la veille du réalisateur Jean-Marc Vallée à 58 ans, Jean-Marc Vallée à qui l'on doit le film culte C.R.A.Z.Y. qui l'a fait connaître à travers le monde. Ce film racontant l'enfance jusqu'à l'âge adulte de Zachary et son rapport difficile avec son père en raison de son homosexualité appréhendée dont Zach essaie en vain de se 'guérir 'dans un Québec encore sous influence religieuse, à partir d'un scénario largement autobiographique de François Boulay, a profondément touché un large public autant au Québec qu'à l'international et contribué à ouvrir les esprits. De façon quasi-prémonitoire, ce film s'ouvrait avec le personnage de Zachary qui déclarait: 'D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours détesté le jour de Noël'

Né à Rosemont, Jean-Marc Vallée a fait ses études en cinéma à l'Université de Montréal. Après ses études, Jean-Marc Vallée réalisé Liste noire en 1995, un film  qui a connu assez de succès au Québec pour retenir l'attention des studios d'Hollywood. Vallée reçoit alors des offres de réalisation qui le maintiennent une dizaine d'années aux États-Unis durant lesquelles il s'attache à réaliser C.R.A.Z.Y.. Après dix années d'efforts, le film connaît un succès de salle au Québec et gagne plusieurs prix dont dix prix Génie et quatorze prix Jutra. Le film obtient un énorme succès à travers le monde. Graham King (en tandem avec Martin Scorsese) le repère, et lui confie le script d'un projet développé par sa société de production, une réinterprétation romancée des années de jeune femme de la reine Victoria du Royaume-Uni. Ce drame historique, intitulé  Victoria: les jeunes années d'une reine,  avec Emily Blunt dans le rôle-titre, reçoit trois nominations aux Oscars du cinéma 2009, et remporte celui des meilleurs costumes.

Vallée profite de cette reconnaissance internationale pour monter un projet plus personnel qu'il écrit et réalise, sorti en 2011, Café de Flore, avec l'actrice française Vanessa Paradis dans le rôle principal Cette coproduction franco-canadienne, est très bien reçue par la critique.

Progression hollywoodienne

Vallée s'installe à Hollywood alors avec deux films biographiques : d'abord le drame Dallas Buyers Club, avec Matthew McConaughey, Jared Leto et Jennifer Garner. Le film est acclamé par la critique et reçoit six nominations aux Oscars 2014, dont celui du meilleur film. Les deux acteurs masculins remportent la statuette. Vallée enchaîne dès l'année suivante avec le drame de survie, Wild, avec Reese Witherspoon dans le rôle principal. Cette fois, il n'officie pas au scénario. Le film reçoit deux nominations aux Oscars, dans les catégories "Interprétation féminine".

Alors qu'il planche sur un film biographique de Janis Joplin, pour un tournage prévu pour la seconde moitié de l'année 2015, il boucle la post-production de Demolition, un drame consacré à la crise d'identité d'un trentenaire veuf, incarné par Jake Gyllenhaal. Le film divise la critique. Vallée rebondit alors à la télévision : il signe les sept épisodes de la série évènement de la chaîne HBO, Big Little Lies. L'écriture est assurée par David Edward Kelley, et l'interprétation principale portée par une distribution quatre étoiles : Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley et Laura Dern. Le programme est lancé fin février 2017 et rencontre un immense succès populaire et critique. Il réitère l'expérience durant l'été 2018 en signant les 8 épisodes de la série Sharp Objects pour HBO.

Si l’Acadie a découvert la musique et les membres du groupe Écarlate dès 2021, alors qu’ils ont remporté cette année-là plusieurs prix lors de concours et de galas, dont celui du prestigieux Gala de la chanson de Caraquet, il en va autrement de Samuel LeBlanc, qui a été mis sous les feux de la rampe en 2023, grâce au film documentaire du cinéaste acadien Julien Cadieux, « Y’a une étoile ».

Écarlate est un groupe composé de Clémence Langlois, Daphnée McIntyre et Samuel LeBlanc, trois multi-instrumentistes de Moncton au Nouveau-Brunswick, qui présentent des ballades attendrissantes depuis plus de trois ans. En pleine pandémie, alors qu’ils sont tous trois âgés de 17 ans, le groupe remporte la 17e édition d’Accros de la chanson et la 52e édition du Gala de la chanson de Caraquet, ce qui propulsera leur carrière sur la scène des Maritimes.

 Écarlate 
« Leur musique haute en émotion, purement venue du cœur, cartographie leur passage de l’adolescence vers l’âge adulte et touche les cœurs de petits et grands. Leur monde nostalgique et leurs morceaux tantôt poignantes, tantôt plus humoristiques, sauront vous border à travers un arc-en-ciel d’émotions fortes », peut-on lire dans un média régional.

Maintenant à l’aube de la vingtaine et un bagage de plus à leur côté, le groupe se cristallise dans une esthétique de sons variés en goutant au folk, pop et country, dans l’authenticité, l’exploration et leur douce touche personnelle. Comme leur vécu, leur spectacle est une aventure, un voyage dans le temps et une rêverie du futur.

Justement, leur vécu, plus particulièrement celui de Samuel LeBlanc, jeune musicien transgenre, a retenu l’attention du cinéaste de Shediac pour la réalisation du film « Y'a une étoile ». Julien Cadieux a choisi de mettre en vedette les trois membres du groupe Écarlate, et particulièrement Samuel LeBlanc, autour de la chanson d’Angèle Arsenault qui porte ce titre.

Écarlate
Originaire de Sainte-Marie-de-Kent au Nouveau-Brunswick, Samuel LeBlanc s’est longtemps questionné sur son identité queer et son identité culturelle, l’amenant à chercher une réponse à la question : « L’Acadie queer, ça existe-tu ? ». C’est cet aspect de sa personnalité que le film met en lumière.

« Les paroles d'Angèle Arsenault font écho à un moment où le féminisme était très portant, la parole féministe était importante. Et les enjeux féministes sont les enjeux de la communauté queer. L'émancipation des femmes qu'on a pu commencer à voir dans les années 60, 70 et 80, sont les mêmes choses que les personnes trans peuvent vivre », explique le cinéaste, dont le film s’est mérité les honneurs en mai 2024 lors du Gala les Éloizes à Shediac.

« C'est vraiment quand j'ai fait la rencontre de Sam et d’Écarlate que ça a donné la bouffée de fraîcheur au film pour qu'il puisse prendre son envol », ajoute Julien Cadieux.

écarlate Julien Cadieux

Vignette-photo : Clémence Langlois, Samuel LeBlanc et Daphnée McIntyre du groupe Écarlate, avec le cinéaste Julien Cadieux (2e à partir de la droite), réalisateur du documentaire musical « Y'a une étoile ».


Samuel LeBlanc témoigne de la chance qu’il a eue, grâce au tournage du film, de rencontrer toutes ces personnes, de voyager un peu à travers l'Acadie et de rencontrer des gens qui vivent un peu les mêmes choses que lui, qui ont vécu une identité queer et une identité acadienne.

écarlate Julien Cadieux
Profitant de l’élan et de la visibilité qui leur ont été accordés depuis trois ans, le trio groupe Écarlate a lancé son tout premier EP de cinq chansons, « Fleur de peau » dans le cadre d’Acadie Rock 2023.

Samuel LeBlanc veut poursuivre sa passion de la musique. Il a plein de projets qu’il entend bien mettre de l’avant avec ses collègues d’Écarlate. En attendant, le groupe a un carnet de spectacles bien rempli d’ici la fin de l’année 2024.

Écarlate
facebook.com/ecarlatemusique
(506) 961-1888
[email protected]

Flux RSS

Souscrire

Catégories

Mots clés

Autres articles

Archives